De Londres à Toronto, qu’est-ce qui a changé dans ma vie ?

De Londres à Toronto, qu’est-ce qui a changé dans ma vie ?

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3 Janvier 2019, partagée entre l’excitation de la nouvelle vie Canadienne qui m’attendait et déchirée à l’idée de quitter ma vie Londonienne que j’aimais tant depuis deux ans, l’Eurostar me ramenait à Paris le temps de gérer mes déménagements non sans quelques larmes au coin de l’oeil en regardant le paysage défiler. Était-ce vraiment pour tout ce que je quittais ou pour mon petit crush de dernière minute laissé derrière, probablement un peu des deux, l’histoire ne nous le dira jamais.

3 Janvier 2020, j’ai recroisé mon petit crush à Toronto, comme un petit rendez-vous annuel avant que l’avion ne le ramène à la réalité de sa vie, de ses responsabilités et de ses engagements à Londres. Une parenthèse pendant laquelle comme à chaque fois, le temps se suspend et la magie opère. L’amour. Voilà sûrement le bagage le plus lourd que j’ai emmené avec moi d’une ville à l’autre.

Dix mois déjà que mes 200kg de valises et moi-même sommes arrivées à Toronto. Le temps passe vite et pourtant pour la première fois depuis plusieurs années, je n’ai pas eu le sentiment que le temps m’échappait car j’ai pris le temps. Le temps de prendre mes marques, de revoir ce qui me convenait dans ma vie, ce que j’avais envie de garder de mes habitudes quotidiennes et celles que j’avais envie d’éradiquer. Et avec la mise en place de nouvelles habitudes, c’est petit-à-petit tout mon univers qui s’est transformé. De ma perception intérieure à la réalité que je créée, aux différentes personnes de mon entourage, aux lieux dans lesquels je passe du temps aujourd’hui, il n’y a plus grand chose en commun avec ma vie londonienne.

Londres, une transition

Un an en arrière, c’était la folie, la magie de Noël commençait à opérer dans les rues de Londres dès Novembre et les festivités se célébraient tous les soirs. Tout allait à deux cent à l’heure. J’ai profité de l’effervescence de la ville jusqu’au bout. Londres, une phase de transition personnelle et professionnelle, avec de belles rencontres, des amis chers, une rencontre amoureuse forte, et pourtant cette sensation désagréable d’être toujours dans les extrêmes. Je me suis ennuyée à en mourir, je me suis amusée à en mourir de rire, j’ai aimé à en perdre une partie de moi-même, j’ai fait du 44 comme du 36, j’ai lancé le blog, puis je l’ai abandonné. Bref, la stabilité n’était clairement pas le mot d’ordre. La vérité c’est je me suis retrouvée presque par hasard dans le milieu de la banque d’investissement et le jeu m’a plu, encore plus à Londres. C’était distrayant d’évoluer dans cette atmosphère où tout le monde se sent important, même l’imprimante, surtout l’imprimante. Je crois que j’aimais plus l’idée de ce que cela représentait que sa réalité. C’était un peu comme vivre un épisode de Suits tous les jours. Dans le fond je ne suis pas très chiffres, ni rigueur, ni discipline et je n’ai pas ma langue dans ma poche non plus. En somme, on n’était pas bien partis. Mais bon, c’était un terrain de jeu dont les règles sont finalement assez simples et moi j’aime bien jouer (et gagner), alors je suis restée un peu et je me suis égarée sur mon chemin.

Londres, c’était avant tout et surtout une période de guérison importante pour moi. Une période pendant laquelle j’ai sorti la tête de l’eau et j’ai affronté toutes mes blessures. J’y ai appris à aimer chaque partie de moi-même inconditionnellement, accepter les adversités qui s’étaient présentées sur ma route et à redécouvrir mes qualités. Au lieu de concentrer mon énergie sur l’amélioration de mes défauts, j’ai apprivoisé mes qualités pour les utiliser à meilleur escient. Petit à petit, à travers les belles personnes qui m’ont accompagné sur ce chemin de la paix intérieure, j’ai transformé le prisme de ma vision de la vie. J’ai complètement revisité ma façon d’aborder les situations du quotidien et puis un jour ça s’est senti, ça s’est vu. C’est seulement lorsque mon entourage en France à commencer à le percevoir aussi et à me le dire que je me suis dit que c’était officiellement le début de la fin de cette longue période de brouillard. Et deux ans après, je peux vous confirmer que c’était bien le cas.

De Londres je retiens surtout cet apaisement intérieur, cette coloc extraordinaire dans laquelle je me suis sentie comme à la maison durant deux ans, les rencontres clés, et l’amour pour cette ville dans laquelle j’ai marché seule avec plaisir pendant des heures.

Toronto, la transformation

Toronto c’est vraiment une vibe complètement différente de celle de Londres. C’est une ville que j’avais visité il y a dix ans déjà et qui m’avait laissé un sentiment assez neutre. A mi-chemin entre la culture Nord-Américaine et Européenne. J’ai mis du temps à apprécier le mode de vie, à savourer les avantages et tirer des bénéfices de ce changement de rythme. Ici on ne vit pas de la même façon l’été comme l’hiver, tout simplement parce que les locaux eux-même changent de rythme alors l’ambiance de la ville change avec eux. Autant vous dire que je m’étais bien évidemment dit « oui mais moi ça ne m’empêchera pas de faire ma vie et d’aller explorer ». Bon comment vous dire ? Trois tempêtes de neige et une crise d’hypothermie plus tard, j’ai adopté le concept des soirées plaid et canapé assez rapidement pendant l’hiver.

Pourtant quand je suis arrivée, j’avais un plan. Le plan c’était bel et bien de rester dans mon secteur d’activité, de prendre un appartement seule en plein centre-ville et de vivre ma meilleure vie. Je crois qu’en cours de route, j’avais oublié de définir le concept de ‘ma meilleure vie’. J’ai effectivement bien pris l’appartement, que J’A-DO-RE. En revanche pour le job, à chaque fois qu’une offre était sur le point d’aboutir, j’étais triste, parce que je réalisais que j’y allais pour les mauvaises raisons. Soit pour le salaire important et l’idée du lifestyle qui va avec, soit pour la volonté de rassurer mon entourage, soit pour l’ego d’obtenir un poste trop cool rapidement après mon installation, etc. Alors je me suis posée, j’ai réfléchi à tout ça et puis je me suis dit que partir à l’autre bout du monde pour reproduire les schémas du passé c’était tout de même dommage. Du coup, j’ai repris mes rêves d’entrepreneuriat qui sommeillaient en moi depuis 2014 et j’ai commencé à étudier un peu le monde de la startup ici et les besoins du marché de l’immobilier. Toronto est une ville en pleine expansion. Assez rapidement et naturellement, les synergies se sont faites pour monter un projet.

Je me suis lancée assez vite dans cette idée parce que j’avais compris qu’ici on vous donne votre chance sans questionner vos compétences. Si montrez que vous y arrivez, alors on respectera votre crédibilité. Je me suis aussi lancée car finalement des revenus, j’en avais surtout besoin pour assurer le loyer et les charges mensuelles. Toronto offre un nombre infini de manière de faire rentrer de l’argent sur ses comptes pour maintenir son lifestyle. Pour ma part, je me suis lancée dans le marketing promotionnel grâce aux bons conseils d’un ami. Ce n’est peut-être pas aussi stimulant intellectuellement qu’un poste en banque d’investissement pourtant cela a joué un rôle assez intéressant dans mon intégration locale. J’ai découvert les habitudes de consommations, les comportements culturels locaux, la façon de marketer selon les produits et les possibilités de promotions. J’ai pu aussi élargir mon réseau et au travers des missions, je me suis retrouvée dans des endroits de l’Ontario où je ne serais jamais allée de moi-même. Cela m’a donné l’occasion de travailler pour un panel de clients divers et variés sur des types d’évènements complètement différents. Du tapis rouge du festival du TIFF au plus grand festival de country music d’Amérique du Nord, en passant par le lancement de huit magasins agroalimentaires et la sensibilisation au Cannabis – qui est devenu légal ici, je n’ai pas eu le temps de m’ennuyer.

Alors qu’est-ce-qui a vraiment changé finalement ? Et bien, tout. Sauf ma bonne humeur et mes valeurs personnelles. Je suis passée d’une vie très rythmée et occupée avec un cadre et une structure bien définis à une vie beaucoup plus libre au cours de laquelle aucun jour ne se ressemble et s’enchaine deux fois de la même façon. Et ça, ça me plait ! J’ai gagné une réelle liberté dans mes choix de vie, dans l’organisation de mon quotidien, dans la façon de gagner mes revenus, j’investis mon temps et mon énergie dans ce qui m’importe réellement. Aujourd’hui je suis entourée de personnes inspirantes, créatrices de valeur et de contenus chacune à sa manière et dans son domaine. Ces personnes sont devenues mon quotidien après avoir été beaucoup trop longtemps une exception dans mon entourage. Elles sont créatrices de leur vie et maitres de leurs choix. C’est extrêmement libérateur entre nous.

À Toronto, j’ai fermé la porte d’un univers qui m’a appris beaucoup, tant sur moi que sur la vie. Je ne regrette rien, pour autant, cette année j’ai fait la paix et j’ai accepté que cela ne correspondait pas à mes aspirations ni à mes valeurs. Que renoncer à faire carrière dans ce monde n’était ni un échec, ni une perte de temps. J’y ai appris énormément et j’ai traversé des étapes importantes. Ça a été une école de la Vie assez enrichissante à sa façon.

J’ai accepté que pour avoir une vie différente, il fallait essayer de faire de nouvelles choses, autrement, en prenant le risque à fond. Cette fois, j’ai vraiment sauté à pieds joints fort et loin dans cette nouvelle direction. La question reste entière, qu’est-ce-que me réserve réellement Toronto pour la suite ? On va le découvrir ensemble…

Photos — Printemps 2019, par Antoine @unrulytony